Des fois on se sent mortellement trahi par ceux qu'on croyait être les plus proches. Un sentiment d'injustice accablant pour ne pas dire un dégout déraisonnable de soi même et du monde tout entier. Pourquoi donc ce sentiment terrifiant de haine ? Pourquoi cette déflagration de ressentiments qui me fait prisonnière à chaque fois que l'image présente ou le souvenir désuet de cette trahison se présentent à moi dans leur crudité la plus absolue ?
Des questions que je me pose en espérant ne jamais trouver réponse à l'absurdité. Je cherche vainement à me soustraire à ces sentiments impuissants d'anxiété accablante et saisissante, mais nul répit pour cette âme qui git souffrante d'une maladie incurable...le souvenir. Le souvenir et l'espoir qu'il fait renaitre en moi de retrouver, peut être un jour, la face cachée de la vie, car celle apparente est prodigieusement exécrable.
Il me devait une vie en quelque sorte, ou rien qu'une demi-lune de sa face cachée. Je l'avais repêché d'une existence tortueuse, insoutenable, voire tragique pour lui permettre de couler des jours heureux dans le confort d'une présence rassurante, apaisante, regorgeant de sentiments nobles et de désirs satisfaits.
Jamais je ne l'aurais cru aussi ingrat, piètre goujat imbu de sa petite personne et de son être impudent. Il incarnait le comble de la frivolité que je prenais, en toute connaissance de cause pourtant, pour des élans artistiques. Je prônais la liberté des choix, le libertinisme des passions. Je voulais vivre à travers lui ma liberté et le laisser, à travers elle, savourer les siennes. Un total échec évidement, puisque construit sur la base d'une pure parodie de l'intelligence humaine et de la bassesse innée de l'homme.
Tout ceci je le vécu en lui prodiguant milles intentions, un soin particulier à faire de sa vie un long fleuve qui coule d'eau limpide reflétant les rais téméraires du soleil charnel.
Charnel, il l'était aussi. Noyant mes incertitudes impromptues dans le puits des plaisirs instantanés. Combien de fois avait-il calmé les ardeurs de ma conscience, s'insurgeant contre l'absurdité de notre présent, en m'infligeant les agréments les plus atroces...ceux de la chair.
Combien de fois, ayant compris que nulle satisfaction physique ne pouvait désormais taire les révoltions de mon esprit, s'était-il mis à genoux implorant le pardon, mendiant une seconde chance...
Intarissable jeu de masques, jeux de conscience maquillée de feutre bleue et de rose pétale. Son inexhaustible talent de grand séducteur était édifiant et quoique voyant clair dans son jeu, je ne pouvais m'empêcher d'y céder autant que les autres.
Et puis vint la trahison !
Chaque nuit d'insomnie me rappelle ce mot avec une effarante intensité. Quoi ? Nulle trahison ? Et des trahisons il y en eu ... par dizaines, par centaines, par milliers ! Chaque pensée incongrue envers ce pacte d'être par soi, envers soi, malgré soi, ce qu'on était réellement, fut une trahison !
Et ce fut la seule, l'unique, celle qui par milliers se proliférait...aux dépends de tous ces mots, gestes, regards et autres sentiments purs et spontanés que la vie nous exhortait à vénérer et que nous, pauvres de nous médiocres êtres insensés, jetions délibérément dans les fossés de l'insouciance.
Il me trahit, je fis de même, et aujourd'hui je le hais pour avoir fait d'un être pur, presque enfantin, un démon déchainé que seule la souffrance, celle des autres et la sienne propre, assouvisse !